dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge

Le 17 novembre à 19H00, rencontre à la Librairie olympique avec Jean-Claude Bourdet qui présentera son livre dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge paru chez Az’art atelier éditions.

dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge
Le narrateur, un psychanalyste, anime un groupe de travail sur un auteur, un pédiatre psychanalyste anglais Donald Woods Winnicott, sur le thème de la douleur.
Les protagonistes échangent en s’appuyant sur des cas, sur des textes littéraires ou poétiques. Nous découvrons une brève histoire de la douleur à travers les âges inspirée du livre de Roselyne Rey, ils abordent la question dans l’œuvre ou la vie de certains poètes, Baudelaire, Eluard, où chez des auteurs comme Dalton Trumbo ou Joyce Carol Oates et chez des peintres, Paul Klee, F. Bacon…
Entremêlé avec ces récits le narrateur parle de lui, il livre quelques réflexions sur sa vie, sur l’existence en général, il écrit des poèmes et dialogue avec un personnage, un ami, Pierre.
Pierre est identifié, dans le récit, comme étant un acteur, auteur de pièces de théâtre mais il pourrait aussi être tout à la fois un double, un ami, un alter égo, mais aussi un patient. Il parle à l’auteur de sa souffrance liée à une relation amoureuse qui se termine, il évoque aussi sa relation avec ses parents séparés, âgés. Il se souvient de moments et de récits passés avec eux avant leur décès. Il raconte ses voyages, ses coups de cœur, ses peines aussi. Nous le suivons dans sa vie et aussi dans son travail.
La nostalgie, la souffrance un peu mélancolique, sont la toile de fond du récit qui ne se perd pas dans la complaisance.
L’exploration de la douleur ne passe pas par l’expression d’une souffrance personnelle qui viendrait enfermer l’auteur dans une plainte narcissique.
Le détour par la douleur de l’autre est une façon d’explorer les racines de la créativité, ce détour tente d’éclairer le travail de sublimation indispensable à celui ou celle qui écoute l’autre, l’autre ami, l’autre collègue, l’autre patient mais aussi l’autre en soi.
Le livre a une histoire, il est le fruit de plusieurs années de recherche, d’écriture et de « mise en scène ». Les éditions, Az’art atelier éditions, ont joué un rôle important dans la mise en forme définitive de l’ouvrage qui doit beaucoup à la rencontre avec Danielle et James Roublin-Triquère.

Avertissement du narrateur
Certaines lectures laissent des traces d’importance, d’autres moins. Ces pages viennent de celles laissées par des articles et des livres qui, échappés des étagères de ma bibliothèque, se sont glissés, le plus souvent un matin, dans l’encre d’un stylo « Dupont ». L’écoute des patients à également suscité bien des lignes, bonnes ou mauvaises. Convertis en mots, en phrases, en images, parfois en quelques heures, parfois après de nombreuses corrections souvent étalées sur plusieurs années, ces textes sont des fictions psychanalytiques. Ils n’ont pas d’autre prétention que de les faire vivre en les partageant avec le public. Ce cahier aborde plusieurs sujets, l’un d’entre eux est la douleur, un autre sujet esquissé est celui de la mort. La souffrance, la douleur et la mort, en interaction permanente sont une condition humaine universellement partagée. Entrelacée avec ces écrits l’histoire de Pierre leur offre une perspective plus intime, plus personnelle. Comme si l’écriture avait souhaité se détacher de l’histoire qui lui sert de toile de fond, de contenant.
L’un ne va pas sans l’autre.

Note de lecture
dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge, Az’art atelier édition, Toulouse, Aout 2021, auteur : Jean-Claude Bourdet
C’est presqu’en voisin que j’ai reçu aujourd’hui le livre de Jean-Claude Bourdet, « dans le champ de la pensée et du songe, le pommier rouge » édité par az’art atelier, à Toulouse. En voisin de village, car JCB réside, quand il n’est pas bordelais, à Pinsac dans le Lot (dans cette partie de la vallée de la Dordogne qui traverse le département du Lot) et situé à 5-6 km de Calès où je vis la plupart du temps et qui se trouve juste au-dessus, sur le plateau du causse. Nos mères respectives étaient amies d’enfance et cousines germaines. Toutefois, nous nous sommes rencontrés tardivement, il y a seulement deux ans, la soixantaine passée pour l’un et l’autre. JCB est psychiatre, psychanalyste ; il est aussi écrivain et poète. Il avait lu mes livres de poésie que j’envoyais à ses parents, rencontrant un écho à sa propre passion de lecture et d’écriture, même s’il n’avait jamais tenté de publier quelque chose comme un livre. En revanche, dès notre première rencontre, nous nous sommes reconnus dans l’admiration en commun de poètes comme Hölderlin et Rilke, André du Bouchet et Paul Celan, pour ne citer que ces quatre. Notre amitié est née de cet instant-là, avec des racines déjà solides et installées depuis longtemps dans ce coin du Quercy. Aussi je ne me risquerai pas à écrire un article élogieux sur son livre, lequel pourrait m’être reproché par manque d’objectivité, mais je me contenterai de souligner tout l’intérêt que j’ai pris à le lire d’une seule traite. La construction du livre est double : d’une part, elle contient la retranscription sous une forme généralement dialoguée (au sens platonicien) de colloques entre psychanalystes sur le thème de la douleur dans la poésie et la littérature. Les analystes réunis comme pour un banquet portent des pseudonymes (Démophon, Naïma, Acamas, Ethra, hormis le narrateur qui s’autodésigne par « Moi »), et appartiennent à des tendances différentes de la psychanalyse, mais toutes réunies sous la bannière de Freud. « La création poétique, note JCB, explore à sa façon les binômes solitude-douleur, corps-soma et corps-psychisme. » Ces dialogues très instructifs, nourris de témoignages cliniques (toutefois transformés pour ne pas dévoiler le secret médical), mais aussi d’histoire et de philosophie (il y a une histoire de la douleur à travers les âges de l’Antiquité, en passant par le Moyen Âge, jusqu’aux Temps modernes), sont entrecoupés d’autre part, par un récit qui pourrait s’intituler « Histoire de Pierre » et qui s’égrène de séquence en séquence au fil du livre. Qui est Pierre ? Un ami d’enfance du narrateur, un patient de l’analyste, ou bien encore un double autobiographique ? Ou bien, tour à tour chacun des trois ? L’énigme perdure, sinon que Pierre figure dans le livre un écrivain metteur en scène et acteur connu évoluant sur la scène théâtrale. Dans les dialogues entre analystes, j’ai relevé une approche très intéressante du mot « douleur » et du rôle de l’ombre dans le recueil « Capitale de la Douleur » de Paul Éluard, ainsi que le texte d’une conférence sur la douleur chez Baudelaire et comment celui-ci a construit pour écrire « une pensée de la douleur ». De même, dans le séminaire Winnicott de 2015, on trouve une étude sur la sclérodermie du peintre Paul Klee et l’influence de la maladie sur la consistance même de ses tableaux. Comme l’avait bien compris Wittgenstein (que ne cite pas JCB) dans ses « Recherches philosophiques » (§ 293), on ne peut généraliser la signification du mot « douleur » à partir de son propre cas. Tout autre est la démarche analytique qui recherche la signification du mot « douleur », non à partir de son propre cas (celui de l’analyste), mais de ce qu’il signifie pour l’autre (l’analysé). Cette dimension de l’altérité est à prendre en compte et tient une part essentielle dans l’analyse, sans qu’on puisse théoriser une fois pour toute ce que signifie le mot « douleur ». Ainsi, pour Walter Benjamin, la douleur n’est pas ressentie dans l’expérience sensible, mais dans la potentialité, là où il y aurait nécessité d’écrire et de faire œuvre avant même d’écrire et de faire œuvre. La douleur serait l’épreuve de cette potentialité, vécue comme impossibilité. Voilà ce qui rend le livre de Jean- Claude Bourdet passionnant et qui m’a passionné. Il est impossible de rendre compte de tous les aperçus cliniques et théoriques, eux-mêmes controversés, dans les dialogues du livre de JCB : ils nous questionnent, nous renvoient à notre propre interprétation de la douleur, et surtout à l’impossibilité de comprendre ce que signifie ce mot en tant qu’autre de la langue. Or c’est là, dans l’autre de la langue, que fait irruption le poème dans l’analyse, ou plus exactement le poème est ce qui arrive non seulement au sujet analysé (confer le magnifique poème d’Arthur que reproduit JCB dans son livre), mais aussi au psychanalyste : « Le psychanalyste en toi se convertit en narrateur, en écrivain, en simple mortel nu face à la vérité de la souffrance de l’autre. » (Naïma) Pendant ce temps l’histoire de Pierre se poursuit ; il n’est pas nécessaire de la raconter ici, mais comme elle est en partie autobiographique, je retiendrai surtout l’évocation de lieux et de paysages, d’ancêtres et de visages familiers du Lot. Les ombres de Roger Vitrac et de Pierre Marty se reflètent dans les méandres de la Dordogne, comme l’ombre de l’endeuillé arpente les collines du causse. Pour finir, je citerai deux phrases de ce livre à la fois énigmatique et captivant. L’une : « J’ai pris conscience que depuis quelques années il semble nécessaire à notre société d’éradiquer la douleur, comme la mort d’ailleurs. Comme si nous devions effacer toute trace tangible d’animalité et de sauvagerie dans notre vie » (B. cité par JCB). L’autre : « Jour après jour, j’écris. Des traces d’importance. La sympathie des souffrances, la plainte insistante d’une langue étrangère, une pensée obsédante, un souvenir, un poème, j’écris. Je nourris une ancienne blessure en tentant de la panser. J’écris, c’est ainsi. » (Jean-Claude Bourdet). Où la psychanalyse advient au poème et à la poésie.
Gilles Jallet, Paris/ Calès, Aout 2021

Jean-Claude Bourdet
Je suis né à Safi au Maroc en 1955, près de la colline des potiers. Psychiatre, psychanalyste, membre sociétaire de l’Association Psychanalytique de France, je demeure et exerce à Bordeaux.
Le goût d’assembler les mots me vient certainement de l’enfance, des lectures, de la façon dont ma mère institutrice de cours élémentaire faisait découvrir le plaisir de fabriquer des poèmes à ses élèves. L’écriture ne m’est pas spontanément aisée, elle me demande beaucoup d’effort, de patience et de modestie.
Les rencontres, l’amitié, la recherche, l’exploration d’univers littéraires et poétiques, jouent un rôle déterminant dans mon engagement et ma poursuite de l’écriture. Gabriel Mwènè Okoundji, Gilles Jallet, Jean-Claude Tardif, qui a accepté de publier un extrait du poème dans sa revue A L’index et ensuite de l’éditer dans sa collection les plaquettes, ont soutenu cet élan. Je poursuis la traversée avec Danièle Roublin-Trinquere d’Az’art atelier d’édition, un prochain livre est en cours.
Il faut un lieu pour penser, pour écrire, une « table » selon Emmanuel Hocquard qui en fait un des pivots de son œuvre. Je crois que certains poètes considèrent que c’est le lieu qui est le poème, les mots, les vers qui en sortent n’en sont que les traducteurs.
Les forêts de châtaigner et de chêne des vallées de la Dordogne et de l’Auvezère, la lumière crue du Causse de Calés, l’ombre des noyers de la plaine de Pinsac dans le Lot comme mes pérégrination dans les musées parisiens, les quelques voyages qui m’ont marqués ainsi que mon travail d’écoute participent à cette fabrique de textes poétiques, littéraires.
Mes sujets de recherche poétiques sont sur le regard, la peinture, les rencontres.
J’écris également des récits « improbables », fictionnels et autofictionnels ainsi que des petits essais sur la créativité.
 
Publications

  • La peintre le sait-elle ? accompagnée de trois œuvres de Sylvie Basteau, liminaire de Gilles Jallet, A L’index – Hors-série- Les Plaquettes, 2021
  • Interview dans le cadre du marché de la poésie et de l’escale du livre de bordeaux, 2021 ; Jean-Paul Brussac et Jean-Claude Bourdet au sujet du livre La peintre le sait-elle ? https://youtu.be/HCzIdb0ISdM
  • Film réalisé chez la peintre Sylvie Basteau, avec une lecture de Jean-Claude Bourdet.
    https://youtu.be/Zl6lhZ0yBdE
  • Epars, Editions électroniques QazaQ, 2021
  • Dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge, Az’Art atelier éditions, 2021
  • Boîte à lettres 6, texte Jean-Claude Bourdet, conception/réalisation Jean-Claude Loubières, août 2021, Calès.
  • Le blog Les Cosaques des Frontières a publié des extraits de divers poèmes et textes en prose.
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